Monday, July 17, 2017

Interview d'André par Itaï au studio Haoman 18 - 17/06/13 - intervention de son flûtiste

Ami musicien flûtiste d’André : Bonsoir.
Mon point de vue est lié au travail musical d’André. Depuis quelques années, je participe à ses projets musicaux, je parle beaucoup avec lui, et donc, je vois la progression des étapes. Je vais expliquer quelques points à ce propos.
André ne me limite pas. Après que j’aie fini de parler, nous continuerons avec une chanson d’André.
D’après la Kabbale, Moïse est appelé « source de sagesse ». Il existe un livre qui parle de cela, « Or ha dorot » (« la Lumière des Générations »). La lettre « alef » est évoquée. Mais pas seulement la lettre elle-même, mais comment elle fonctionne. Si l’on dit « alef », on commence avec un « a », et on finit avec la fin du « a ». En effet, on ne peut pas prononcer une lettre en hébreu si elle n’est pas ponctuée. Une lettre non ponctuée est comme un corps sans âme. Un « alef » non ponctué n’a pas de mouvement, et est donc vide. Le livre explique donc que si l’on prononce un « alef », on en prononce deux, en vérité. Mais, si c’est le cas, alors le premier « alef » est lui-même composé de deux « alef ». Le premier « alef » ouvre le son. Il y a ensuite le « alef » qui suit, puis celui de la suite amenant à la fin, ce qui prouve que le deuxième « alef » est lui-même également composé de deux « alef ». D’après cette logique, on arrive à huit « alef ». Je ne me souviens pas exactement si l’auteur arrive à un total de seize, mais, quoi qu’il en soit, ce sujet est principalement évoqué dans le livre. Il n’évoque pas d’autre sujet. De quoi s’agit-il ?
Nous avons récemment discuté à propos du cri du nouveau-né. Une voix sort, qui est sa première émanation. Un bébé naît, et existe, non seulement de manière physique, en sortant de la matrice de sa mère, mais également à travers sa voix, qui s’exprime par un long « a ». Le livre en parle. On peut le lire explicitement.
Il évoque la paracha du chant de Moïse à l’ouverture de la Mer des Joncs (« az yachir Moche »). Il est écrit : « Ainsi chantera Moïse ce chant-là », au moment de l’ouverture de la Mer des Joncs. Le peuple juif sortait d’Egypte, et voyait tous les grands miracles qui se produisaient alors. Ils ont vu quelque chose qui s’appelle « az » (alors, ainsi).
La lettre « alef », du mot « az », est le même que celui que nous avons évoqué, ce même premier cri. Une lumière blanche imperceptible. Une lumière solaire plus forte que le Soleil lui-même. Une lumière incompréhensible. Comme le cri du nouveau-né. Un long « a ». Une lumière infinie, incompréhensible.
La lettre « zaïn », du mot « az », est un prisme. Le prisme est un verre diffusant la lumière en sept directions. La première voix, le premier cri est incompréhensible, transcendant, comme de l’air. Il sort directement sous la forme d’un « a ». C’est infini, ce n’est pas significatif. Puis, intervient la langue, après la gorge. Elle fait office d’écrans, de séparations, fermant l’air, donnant une forme, des sons précis. Cela donne naissance à des formes graphiques différentes. Les différents sons, « m », « t », « k »…sont des séparations.
Si l’on voit qu’il existe différentes couleurs, comme l’on peut observer sur les peintures de Roger Ychaï exposées dans ce studio de la rue Haoman 18, Haoman Haï, l’artiste vivant, devant nous, on peut constater qu’il existe également différents sons. Peu importe combien. Dans l’échelle des couleurs, le son « i » correspond au blanc et au jaune, le son « é » correspond à la couleur orange. Les couleurs les plus claires sont les couleurs jaune et orange. Ensuite vient le « è », la couleur orange foncé. Le rouge correspond au « a ». Le « o » est marron, le « ou » est vert foncé. Je prononce les sons en descendant vers le plus profond : « i », « é », « è », « a », « o », « ou ». J’arrive à la note la plus grave, la tonalité de base, profonde, foncée.
A partir des consonnes et des voyelles, on prend le « a » premier, puis on le joint à l’émotion. C’est à cet endroit que commence le chant de Moïse. Il commence avec ce « a » premier, profond pour lui, probablement lié à ses souvenirs d’enfance. Il dévoile quelque chose de profond et de rare. Il arrive à exploiter de nouveaux horizons. Mais il commence avec cet appel profond. Nous sommes invités à écouter ses paroles.
Dans l’ordre classique de la musique, en jouant d’un instrument à vent, qui est l’air, puis la voix, puis la parole, il y a l’air qui précède, qui amène l’instrument de musique à sortir le « a » premier. Puis, le musicien entrecoupe cela avec des mouvements de sa bouche. Si l’on dessine des formes que l’on ne comprend pas toujours, que cela soit par le rythme, ou par l’émotion, on arrive à un résultat que l’on comprend, mais pas de manière philosophique. Comment se traduit une parole première de manière trop philosophique ou conceptuelle ?
Je ne cherche pas à amener plusieurs idées. L’idée essentielle est à travers les sons.
Aujourd’hui, nous pouvons tout mesurer et définir. Qu’est-ce que le métal, qu’est-ce qu’un tapis, qu’est-ce que l’organisme, qu’est-ce que du tissu, qu’est-ce que l’oxygène… Tout cela est expliqué précisément par la chimie.
Mais avant que ne soit découvert ce concept des molécules, quels étaient les outils qu’utilisaient les sages et les intellectuels ? Il y a toujours eu des sages et des intellectuels, dans toutes les générations. Mais qu’avaient-ils comme outil avant d’avoir affiné les précisions que nous avons à notre époque ? Quelle est la différence entre une fleur et un verre ? On peut répondre que l’un est naturel et l’autre chimique, mais quelle est la différence essentielle ? Serait-ce que l’un soit froid et l’autre chaud ?
L’idée suivante a été développée : si je vous dis qu’en fait, tous les sons sont spécifiques mais ont tous la même origine, le même « alef » premier, qui est la lumière blanche originelle brisée par tous les éléments physiques, alors je peux vous dire la même chose à propos de la matière. La matière est divisée en plusieurs éléments. D’après la Kabbale, tout est précédé d’une lumière première. Il faut donc qu’il existe également une matière première. Si une matière première existe, alors je peux passer sans problème de l’argent à l’or.
Le livre « Lumière des Générations » ne raconte pas n’importe quoi.
Nous ne travaillons pas dans le domaine de la physique. Il ne s’agit pas d’une simple musique classique, qui dit « oui » ou « non ». Il s’agit d’une source originelle, qui nous intéresse, et sur laquelle nous nous appuyons, afin de comprendre que partout, il y a une compréhension originelle, qui lie tout. Les éléments acoustiques sont liés sans qu’il y ait forcément de la sémantique. C’est aussi un cadeau donné à tous, qui perçoit selon sa voie.
J’ai fini. Merci beaucoup.

A : Je vous ai distribué des textes. J’ai dessiné des schémas, ce qui me permettra d’être plus explicite, et plus compréhensible. C’est en hongrois. J’ai tout traduit.
Nous allons commencer avec de la musique. Le hongrois est la langue la plus rythmée que je connaisse. Celui qui connaît Bartók sait de quoi je parle.
André lit le texte en hongrois.
Tout le monde applaudit, une fois la lecture finie.
Vous n’avez pas compris ce que je viens de lire. Il y a une sorte de signification, mais tout va toujours d’après le son. Le hongrois n’est pas comme les langues occidentales, ou bien même comme l’hébreu, qui sont des langues d’idées. Beaucoup d’idées sont évoquées dans la Bible. Mais il n’y a pas ce côté extérieur de la langue hongroise. Le peuple hongrois existe depuis environ mille ans. Nous n’avons pas besoin d’évoquer à présent ce qui peut être nouveau de la Hongrie. Il y a à chercher son fondement.
A présent, nous allons faire quelque chose de plus limitatif. Je vais lire un texte. Je vais commencer par le lire en hébreu.

André lit les textes en hébreu, puis en hongrois.

Interview d'André par Itaï au studio Haoman 18 - 17/06/13 - 2

Une fois la liberté des lettres acquise, grâce à la lecture, on a la possibilité de jouer avec, et elles nous amènent vers plus de profondeur.
J’ai découvert que l’homme a la force d’actualiser ses souvenirs, qu’il s’agisse de ses souvenirs d’enfance ou bien d’autres souvenirs. On me connaît en tant que « souvenir », selon la mémoire de chacun. Mais cela ne représente même pas un pour cent de ce que je me connais moi-même.
J’ai compris que la langue, avec les combinaisons sonores, créent des codes. On commence avec un code, puis un souvenir enfoui sort soudainement. Des choses merveilleuses sortent alors de moi-même, l’homme âgé, l’homme religieux…
J’ai lu récemment un texte de Carl Jung, un psychologue connu. Dans ce texte, il explique qu’il avait remarqué qu’il aimait s’amuser en alignant des petits cubes. Il s’est donc dit qu’il y avait une partie de lui qui aimait s’amuser. Cela a révélé des choses merveilleuses. S’amuser et aimer s’amuser ouvrent les portes de l’imagination et de la création.
Je ne suis pas un surréaliste qui ne transcrit que des émotions. J’essaye d’écrire également des textes significatifs. Je ne me comporte pas comme un avant-gardiste se séparant de toute signification. Je me comporte comme un client : d’abord, l’affect, ensuite, l’intellect. Si l’on commence directement avec l’intellect, on ne peut pas avancer. Je l’ai déjà expliqué lors de plusieurs conférences, en citant le Rav Chla*. On ne peut pas commencer avec ce qui est de plus viscéral. On commence, pour apprendre une langue, à apprendre la prononciation des lettres. On remarque que les juifs connaissent depuis plus de deux mille ans la langue hébraïque dans ses moindres détails. Je ne pense pas que c’était le cas des hongrois. Ce que je connais de la langue hongroise est différent, c’est une langue qui semble ne pas avoir de codes.
Je souhaiterais prendre quelques minutes et réfléchir sur ce qu’est l’enseignement de la prononciation des lettres. Je vous laisse la parole autant de temps que vous le souhaitez. Ensuite, nous continuerons à aborder ce sujet, mais à propos de l’hébreu.

·       * Rabbi Yeshaya Horowitz, couramment appelé Chlah Hakadoch.
Né en 1558 à Prague, il est très tôt désigné comme une autorité de sa génération.
Président du tribunal rabbinique et chef de Yéchiva, il voyage dans toute l’Europe avant de s’installer en Israël. Il y rencontre
les plus grandes sommités du judaïsme tel que Rabbi Yossef Qaro, ou encore le Ari Zal, et profite de sa proximité pour rendre visite aux plus grands rabbanims d’Orient à Salonique, à Alep et découvrir au passage à Damas le manuscrit Êts ׳Hayim du Rav H ׳ayim Vital.
C’est en Israël également que le Chlah Hakadoch rédige son ouvrage principal:
Les deux tables de l ׳Alliance, Chnéï Louh׳ot Habrit.
Enterré à côté de la tombe de Maïmonide en 1628, ce cabaliste chevronné a laissé des trésors d’études aux générations qui lui succède ainsi qu’une prière très particulière destinée à protéger les enfants et leur assurer un lumineux avenir.